DÉMARCHE ARTISTIQUE

En tant qu’artiste interdisciplinaire, j’explore la tension fertile de l’« entre ». Celle-ci se révèle entre les états de corps, entre les traditions, entre les êtres, entre les disciplines artistiques et entre les divers rapports au temps. Je privilégie les co-créations avec des artistes issus de diverses pratiques et chaque projet est l’occasion d’élaborer des référents communs interdisciplinaires autour desquels dialoguer. S’installer dans cet espace « entre » requiert une écoute mutuelle et un abandon à l’instabilité qui permettent de trouver un nouvel équilibre, ensemble.

 

Mon rapport au mouvement s’est enraciné dans le flamenco, art rigoureusement codifié où la danse et la musique sont intimement liées. Par son jeu constant de montées en tension et de relâchements explosifs, le flamenco attise en moi un état de désir, d’aller-vers; une tension intervallaire qui se renouvellent sans cesse dans un rapport érotique au vivant. Plutôt qu’une dureté qui freine le mouvement, le flamenco m’a appris à percevoir la tension comme une constante adaptation, un mouvement vivant entre contraction et expansion. Mes créations chorégraphiques se développent d’ailleurs dans la tension, bien que parfois inconfortable, entre mon respect envers la tradition flamenca et le désir de créer hors des référents imposés par cette tradition. 

 

Les phénomènes macroscopiques et microscopiques qui influencent inconsciemment nos vies au-delà de nos perceptions quotidiennes et le besoin d’explorer d’autres rapports au temps se révèlent au cœur même des sujets qui m’interpellent. Ainsi le mouvement des marées dans Èbe, le déploiement des bryophytes dans Bruissement de mousses, le temps et la perte inhérents à toute gestation dans Ce qui émerge après (4kg). L’exaltation éprouvée en découvrant la fragilité poignante des choses (mono no aware) résonne fortement à l’intérieur de mon processus créatif qui dévoile, souvent malgré moi, une certaine mélancolie.

BIOGRAPHIE

Sarah Bronsard est une chorégraphe basée à Montréal. Elle trouve son terrain le plus fertile sur la scène de la danse contemporaine après un parcours multidisciplinaire incluant une formation musicale, le verre soufflé, les arts numériques et une carrière de peintre. Ses projets – soutenus par les Conseils des arts du Canada (CAC) et le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) – ont été présentés au Québec (Tangente, Société des Arts Technologiques), en Europe (Abbaye de Royaumont en France, Chapter au Pays de Galles, Italie, Pays-Bas) et en Asie (Japon). Elle est récipiendaire du prix de la «Meilleure création originale» du Cirque du Soleil, du prix Pierre Lapointe et du prix David-Killbrun pour son projet Dans l’écho des racines.

 

Parallèlement à sa pratique chorégraphique, elle a été interprète pour la compagnie de gigue contemporaine [ZØGMA] et elle a complété en 2019 une thèse de maîtrise en recherche-création au Département de danse de l'UQAM autour des enjeux de l'intercorporeité dans la relation interartistique. Elle fut récemment en résidence de création au «Tokyo Arts and Space Residency» (Japon) grâce au soutien du CALQ pour initier le projet Bruissement de mousses, qui s’intéresse à la perception des mousses (bryophytes) dans la spiritualité et l’esthétique japonaise. En parallèle, elle mène une recherche sur la rencontre entre le flamenco et la gigue au sein d'une même corporéité dans le projet Dans l'écho des racines.

crédit photo : Anne-Marie Baribeau
crédit photo : Anne-Marie Baribeau